C'est demain que vous pourrez découvrir Les Filles d'Awajima tome 1. À cette occasion, nous souhaitons revenir sur des éléments du titre qui nous ont semblé importants à partager, afin d’en proposer une meilleure compréhension et d’enrichir sa lecture dans son contexte culturel.

Dans Les Filles d’Awajima, Takako Shimura met au cœur de son récit une grande variété de relations entre femmes. Ses jeunes héroïnes sont à la fois des camarades, les élèves de leurs professeures, les filles de leurs mères. En quête d’accomplissement et de reconnaissance, elles se retranchent dans des passions contradictoires : admiration et jalousie, affection et colère, désir et haine, mais aussi amour et rejet.
Il est important de rappeler que cette œuvre s’inscrit dans la lignée du genre littéraire esu, faisant référence à une réalité sociale japonaise : les écoles pour jeunes filles. Au sein de ces établissements, les adolescentes entretenaient des rapports « passionnés », mais souvent considérés comme « une phase » par des gens qui les observaient de l’extérieur. Les suicides répétés dans la première moitié des années 1900 ont changé le regard porté sur ces relations, au point que Yukiko Hiruma considère que ces évènements tragiques marquent « la prise de conscience de la question de l’homosexualité féminine dans le cadre des études de genre japonaises ». Selon Kanako Akaeda, sociologue japonaise spécialisée dans les études sur le genre et la communauté LGBT, « le esu était une pratique romantique égalitaire et libre, qui permettait aux jeunes filles de se lier étroitement entre elles et en s’opposant à la société patriarcale et aux codes du mariage ».
S’il est aujourd’hui compliqué de coller l’étiquette moderne LGBT sur un contexte historiquement et culturellement différent, il est pourtant indéniable que le développement du manga yuri est lié à celui du manga esu. Au Japon, de nombreuses personnes considèrent d’ailleurs la littérature esu (dans son ensemble), comme l’origine du manga yuri. C’est parce que Les Filles d’Awajima s’inscrit dans cet héritage social et littéraire que nous avons choisi de mettre particulièrement en avant sa dimension saphique, bien qu’il ne s’y résume pas. Dans le cadre spécifique d’une œuvre qui fait référence au théâtre du Takarazuka, cet aspect nous semblait d’autant plus évident.

Liens pour pousser la réflexion :
https://www.japanesestudies.org.uk/articles/2010/Nagaike.html
https://books.google.fr/books?id=ha8wDwAAQBAJ&printsec=frontcover&redir_...