Interview de Mari Okazaki :
Les secrets de la création de Complément Affectif

Interview réalisée spécialement pour la diffusion du feuilleton Complément affectif , en juin 2006, par le service éditorial de Shodensha.

Jusqu’en 2001, Mari Okazaki travaillait dans une grande agence de publicité. L’histoire de Complément affectif se déroule dans ce milieu, et Mari Okazaki relate avec beaucoup de réalisme la dureté qui y règne. Au cours de cet entretien, elle rapporte des anecdotes de l’époque, illustrées par quelques photos.

 

1ère partie - 2nde partie - 3ème partie

Piyotake* : Pour commencer, j’aimerais vous poser quelques questions sur l’histoire de Complément affectif. Pour vos personnages, avez-vous pris comme modèles des personnes de votre entourage ?

* pseudonyme d'une responsable éditoriale du magazine « Feel Young »

Mari Okazaki : Ça dépend. Parfois, j’ai emprunté un nom ou je me suis inspirée d’un physique en particulier. Par exemple, pour Yugi, mon modèle n’a pas du tout vécu la même chose que le personnage, mais j’ai gardé son franc-parler un peu masculin, ainsi que son métier de conceptrice-rédactrice. Cependant, j’ai remarqué qu’en partant d’un modèle existant, il est parfois plus difficile de faire vivre le personnage. Ça le rend certes tout de suite vivant, mais il est moins malléable, j’ai du coup plus de mal à le faire évoluer comme je le voudrais. Pour d’autres, en revanche, comme Kôetsu et Sahara, je n’avais aucun modèle en tête.
Beaucoup de lectrices apprécient le look de vos personnages. On dirait vraiment que chacun a son propre style, avez-vous des références de magazines à nous donner pour mieux les identifier ? Commençons par Fujii, si vous voulez bien…

Fujii a un style sobre et assez classique, avec une légère touche mode. Il est assez proche de celui d’un magazine comme “Oggi*”. Pour être honnête, ses vêtements sont ceux qui me donnent le plus de fil à retordre.

* http://oggi.tv/index.html

Féminin, mais simple, c’est en effet bien le style de Fujii. Et Tanaka, comment la définiriez-vous ?

Elle est plus dans celui de “Classy.*” mais quand je dessine d’après photo, il y a forcément un décalage entre le modèle et le résultat final. Je ne me réfère donc jamais uniquement aux magazines de mode. Je m’inspire davantage de “Fuge”, “Inred**”, ou bien “Vivi***”, et j’adapte leurs vêtements, très féminins et accessoirisés, à des femmes qui travaillent. J’ai un modèle pour Tanaka, et j’ai aussi “le modèle pour les vêtements de Tanaka” ! Ce dernier est en osmose totale avec le premier, et je m’inspire surtout de sa façon de les porter, de ses attitudes.

*http://classy-online.jp/
**http://tkj.jp/inred/2010Mar/
*** http://www.netvivi.cc/index.php

Tanaka est la plus “fashion” et la plus exubérante. Et concernant les autres personnages féminins ?

Watanabe, qui travaille dans un bureau, et Yugi, qui n’est pas en contact permanent avec des clients, ne portent pas de tailleurs, mais plutôt des pulls ou des t-shirts. Si je devais citer des magazines, ce serait “Ryûkô tsûshin*” ou bien “Ginza**”. Je les habille toutes deux selon mes propres goûts, Yugi plutôt en blanc, et Watanabe en noir.

* http://www.fujisan.co.jp/Product/2779/b/list
** http://magazineworld.jp/ginza/153/

Et vos personnages masculins ?

Pour Ishida le surfeur, je choisis souvent une chemise tahitienne pas trop tape-à-l’oeil. Il a déjà porté pas mal de t-shirts du style « raglan sleeve* ». Quant à Kôetsu, j’ignore pourquoi mais ses habits ont toujours des poches, comme les pantalon de type « cargo ». Sahara, qui est photographe, s’habille en noir pour que ses vêtements ne reflètent pas sur ses photos. il a aussi beaucoup de paires de lunettes différentes…

* t-shirts dont les manches, longues, sont d'une même couleur, du poignet jusqu'au col.

Mais ishida a-t-il vraiment le temps d’aller surfer ?

À Hakuhôdô*, j’avais beaucoup de collègues surfeurs (rires) ! Ils venaient au bureau après avoir surfé un matin très tôt, ou ils y consacraient leurs matinées du week-end.
* Agence où travaillait Mari Okazaki.

Peut-on faire un point sur l’âge des personnages ? Au début du récit, Fujii a 28 ans, c’est bien ça ? Dans ce cas, Ogiwara, qui est issu de sa promotion, doit avoir le même âge…
En fait, dans ma tête, Ogiwara a un an plus que Fujii, soit 29 ans. Il a dû rater une fois le concours d’entrée à la fac, ou peut-être est t-il parti étudier un an à l’étranger.
Kôetsu dit que “Sahara a 34 ou 35 ans”, mais…
Oui, 34 ou 35 ans, mais pour le moment, je ne peux pas être plus précise (rires). Peut-être en apprendra-t-on davantage dans quelques chapitres ? Quant à Yugi, au début, elle a 31 ans. Ishida, lui, a deux ans moins que Fujii, donc 26 ans.
Kôetsu a également 26 ans, ils ont donc le même âge.
↓Si Yugi est plutôt familière avec Tanaka, c’est sans doute parce qu’elles ont le même âge… du coup, elles éprouvent une certaine sympathie l’une pour l’autre… (extrait du “dossier 21”)

Absolument ! Watanabe a fait ses études dans une université à cycle court de 2 ans, et elle est entrée à l’agence un an après Fujii, elle a un an de moins qu’Ishida, ce qui lui fait donc 25 ans. Alors que Tanaka a trois ans de plus qu’Ogiwara, soit 31 ans, si je ne me trompe pas.

Dans le “dossier 1”, vous avez représenté “le dodo sur trois chaises” - on aligne trois chaises de façon à pouvoir s’allonger - avez-vous déjà dormi comme ça ?
Bien sûr ! Et ce n’était pas si désagréable, en fin de compte. Car lorsqu’on change de position, les chaises bougent avec les mouvements de corps.
Mais quand on bouge beaucoup dans son sommeil, ça ne doit pas être une position très confortable…
C’est certain que ça ne permet pas d’avoir un sommeil profond, mais c’est idéal pour un petit somme de 30 minutes, par exemple. On peut même ajuster la position en prenant des chaises de hauteurs différentes. D’ailleurs, chacun a ses chaises préférées.
Vous vous disputiez donc les chaises entre collègues, j’imagine…
Tout à fait (rires). Je ne sais pas comment ça se passe aujourd’hui, mais lorsque je travaillais à Hakuhôdô, quand on montait en grade, on avait droit à une chaise avec accoudoirs. Malheureusement, pour dormir, ce n’est pas l’idéal. Du coup, on n’utilisait pas ce type de chaise pour la sieste, on en cherchait plutôt des toutes simples… On prenait donc celles des collègues plus jeunes (rires). Ça les énervait de ne plus retrouver leur chaise en revenant à leur bureau.
C’est terrible (rires) !! En parlant de chaises et de places, lors de leur voyage d’affaires à Osaka, Fujii et Ogiwara étaient ensemble dans le Shinkansen mais pas assis côte à côte (cf “dossier 4”). Pourquoi cette distance ? Est-ce parce qu’ils sont homme et femme ?
Non, ça n’a rien à voir avec leur sexe, ça se fait ainsi, tout naturellement, quand on voyage ensemble dans un cadre professionnel. Peu importe de nombre de collègues, on s’assied toujours en ligne, jamais l’un à côté de l’autre. Dans les déplacements en avion, les sièges vont trois par trois, du coup chacun occupe la place restante à côté d’un couple fraîchement marié par exemple, vous imaginez le tableau (rires). Durant le trajet, chacun fait ce qu’il veut. Moi, je dessinais pendant que certains de mes collègues potassaient leurs dossiers.

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Entretien réalisé pour le site de Shôdensha en juin 2006.

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