La chronique de Saishû Heiki KareshiEn France, on connait Yû Kinutani pour son travail sur
Leviathan, aux éditions Asuka. Cette fois-ci, c’est au tour de
Shion, une série en deux tomes, d’être édité en France. Ce manga raconte l’histoire d’un paladin qui erre dans un monde fantastique, à la recherche de son père devenu monstre suite à un pacte passé avec un démon.
La première chose qu’on remarque quand on ouvre
Shion, c’est le style graphique unique de ce manga. Les pages sont sublimes et très détaillées, l’univers mis en scène très riche graphiquement. Une des grandes particularités des dessins de ce manga, c’est que Yû Kinutani ne semble utiliser aucune trame ! Les planches sont fouillées, mais tout est fait à la main : de nombreux points et traits d’ombrages, très fins, viennent remplir les pages de ce manga. Très graphique, on peut le dévorer des yeux.
Hélas, au-delà de cet aspect,
Shion est d’un ennui à mourir. A l’image d’un héros trop froid et distant, sur lequel glissent tous les évènements, le lecteur va survoler l’histoire sans jamais rentrer dedans. Il faut dire que la narration extérieure choisie par l’auteur n’aide pas à s’impliquer dans le livre. Shion est un héros sans émotion, sans profondeur, et dont on ne se sent jamais proche. Il abat avec une facilité affligeante tous les ennemis qu’il croise, et tout semble trop facile. Finalement, à cause de cette distance narrative, on ne ressent aucun des enjeux présupposés de l’histoire. Et la narration étant mal maîtrisée (c’est hélas souvent le cas dans les mangas trop « graphiques »), les scènes d’action apparaissent trop maladroites et figées.
Le tout n’est pas arrangé par le travail médiocre des éditions Milan. Les dessins semblent coupés très aléatoirement (mais il faudrait vérifier l’édition originale). Mais c’est surtout l’adaptation des textes qui cloche : bourrés de fautes de conjugaison, les dialogues sont en plus particulièrement pompeux et rigides. Les phrases sont trop longues, et souvent tarabiscotées ; les changement de sujet, d’une bulle à l’autre, sont très mal gérés ; le sens original passe mal tant le texte est mal adapté, et du coup l’aspect froid du manga évoqué plus haut en est accentué. C’est d’autant plus problématique que Shion est censé, justement, écrire des textes poétiques.
Shion est donc un manga de très haute tenue graphique, mais qu’on déconseille fortement. Le personnage principal est froid, tout comme l’histoire qu’on survole. Dommage, car l’univers de ce manga était au premier abord très intéressant.
La chronique de herbvShion est un troubadour surnommé "Le paladin" qui voyage sans but apparent de lieux en lieux à travers un monde médiéval fantastique. Qui est-il ? Que cherche-t-il ? Personne en dehors de mystérieux dieux ne le sait. C’est ainsi qu’en quatre chapitres, autant d’aventures du baladin nous sont narrées, dévoilant petit à petit les enjeux de l’histoire.
La première chose qui frappe l’esprit du lecteur lorsqu’il ouvre ce premier volume de
Shion est le graphisme, très différent de ce qu’on a l’habitude de voir dans les mangas. En effet, aucune trame n’est utilisée, les effets de matière et de volume sont rendus par des hachures, comme dans les années 1970. Les codes graphiques de la bande dessinée japonaise ne semblent pas non plus utilisés : pas de mentons pointus, pas de grands yeux, très peu de symboles graphiques habituels au genre. En fait, on ne peut pas s’empêcher de penser à Caza tellement le dessin de Yu Kinutani, le
mangaka, semble en être une recopie servile, quoiqu’en moins anguleux. A ce niveau, on ne peut plus parler d'hommage à l’auteur français célèbre dans les années 1970-1980. Si un tel graphisme peu surprendre le lecteur japonais ou le fan occidental de manga des années 2000, et éventuellement charmer si on aime le dessin figé, ceux un peu au fait de la bande dessinée franco-belge n’y verront que repompage sans talent. On a l'impression de lire une bande dessinée des années 1970 du célèbre magazine
Metal hurlant : tout dans le graphisme, rien dans le scénario.
La seconde chose qui s’impose ensuite, c’est l’inintérêt total de l’histoire dans laquelle le lecteur est immédiatement plongé, sans clé de lecture. En effet, cela demande un grand travail sur la narration pour que la réussite soit au rendez-vous. Malheureusement, il y a tout d’abord une mauvaise gestion du récit au niveau de la narration graphique, la gestion de l’ellipse n’est absolument pas maîtrisée, ce qui fait qu’on est souvent perdu d’une case ou d’une page à l’autre. Ensuite, les personnages sont totalement artificiels, absolument pas fouillés et ont un comportement qui n’est jamais crédible. Il est possible que l’auteur se soit dit que ça leur donnerait une aura de mystère mais dans ce cas, c’est raté. Enfin, aucune ficelle, aucune facilité scénaristique ne nous sont épargnées afin de sortir le héros, souvent totalement dépassé par les événements, de la situation dans laquelle le
mangaka l’a placé. Il en résulte des histoires froides, figées, ne permettant pas d'y rentrer et devenant très rapidement agaçantes devant une telle médiocrité généralisée, à moins que ça soit l’ennui qui attende le lecteur bon public.
La dernière chose que l’on retient, c’est le bon travail de Kanko, l’éditeur, sur ce titre. La traduction, pompeuse, avec des dialogues parfois ridicules, peu fluides, colle parfaitement avec la narration et l’ambiance, renforçant ainsi le travail graphique déplorable de l’auteur. Est-ce un effet volontaire collant au texte original ? Laissons le bénéfice du doute au mystérieux adaptateur surnommé "Milan" dans les crédits. L’adaptation graphique est réussie même s’il s’agit d’un sous-titrage des onomatopées et non pas d’un remplacement intégral. Le choix des polices pour les récitatifs et les dialogues, le travail sur les onomatopées est tout à fait correct, reprenant le style graphique original. Kana, l’éditeur numéro un en francophonie, devrait prendre exemple sur un tel travail. L’impression est, elle aussi, tout à fait réussie, même si les aplats noirs ne sont pas toujours bien saturés, car un juste équilibre dans l’encrage a été trouvé afin de ne pas gâcher le dessin. Enfin, le papier est agréable, pas trop transparent.
Dommage qu’une belle fabrication soit au service d’une œuvre d’une quasi-totale nullité. Malheureusement, l’auteur confirme qu’il est un médiocre après
Leviathan, une série sans intérêt publiée par Asuka, et les japonais ne semblent toujours pas capables de nous proposer une œuvre de
fantasy de qualité. Cela semble devoir rester la spécialité des romanciers américains. Espérons quand même que le second et dernier volume relève le niveau mais il est difficile d’être optimiste.