Extraits le dernier ete de mon enfance
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Dien Bien Phu

Dien Bien Phu

Auteur : Daisuke Nishijima
Volume : 1
Editeur : Kana
Sorti la semaine du : 07-07-2007

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Saishû Heiki KareshiLa chronique de Saishû Heiki Kareshi

Hikaru Minami est un jeune japonais, pas très sûr de lui. On ne sait trop pourquoi, mais il a décidé d’intégrer l’armée américaine, et le voilà, ni une ni deux, au Vietnam, en tant que photographe de guerre. Mais Hikaru n’est pas un garçon particulièrement talentueux... Un peu paumé, il croisera sur son chemin une étrange guerrière vietnamienne...

Dien Bien Phu est un oneshot de Daisuke Nishijima, un artiste japonais aux multiples facettes. Au Japon, ce oneshot était la troisième œuvre de l’auteur. Mais le magazine dans lequel ce manga était prépublié s’est arrêté, laissant le manga inachevé. D’après le dernier numéro d’Animeland, à l’époque où Kana a fait la demande de droits, l’éditeur ne savait pas que ce oneshot était une œuvre inachevée. Alors, chez Kana, on ne fait pas lire les bouquins avant d’en acheter les droits ?! Mais pour une fois, ce manque de professionnalisme ne nuira pas à l’œuvre. Car dans Dien Bien Phu, la fin est au début. Dès les premières pages, le dénouement est inévitable : c’est la mort, qui est au bout du chemin.

Dans Dien Bien Phu, on nous parle de la guerre, et de toutes ses atrocités. Mais ce n’est pas tout : d’un chapitre à l’autre, Daisuke Nishijima se pose de nombreuses questions : sur le journalisme, sur la liberté d’expression, sur l’Art. Au détour de quelques pages inspirées, l’auteur fait même se poser, à son personnage, des questions sur les raisons profondes de sa vie. La guerre n’est alors ici que le vecteur à de nombreuses interrogations, sur le système médiatique, sur le monde en général. Le propos de l’auteur prend d’ailleurs tout son sens, quand on sait la situation en Irak et au Darfour, et la censure qui peut exister dans les médias à ce sujet...

Une des particularités de Dien Bien Phu, c’est son graphisme très enfantin, tout en SD. C’est justement ce dessin et sa naïveté, en contrastant radicalement avec la violence mise en scène, qui donne presque paradoxalement à ce manga toute sa puissance et sa crédibilité. Car l’auteur, en procédant de la sorte, et en utilisant son imaginaire, évite de tomber dans le voyeurisme et la racole. Le lecteur n’a plus qu’à observer toutes les horreurs mises en scène. Mais des giclées de sang jusqu’aux têtes décapitées, rien n’est jamais gratuit. En effet, Daisuke Nishijima ne tombe jamais dans l’excès. Si son propos est acerbe, il ne tombe jamais non plus dans l’excès d’un "revandicatisme" trop caricatural. Car finalement, et c’est là la force la plus profonde de l’œuvre de Daisuke Nishijima, c’est l’amour qui compte. L’amour qui motive le jeune Hikaru, qui donne un sens à son existence jusqu’alors ennuyeuse. Mais c’est aussi et surtout l’amour, qui lui permet de rester en vie. La métaphore de l’auteur est évidente, son propos universel.

L’édition de Kana est tout à fait correcte, le papier de qualité et la traduction sans accroc majeur. Comme d’habitude, on regrette juste les onomatopées sous-titrées de manière fort peu élégantes, venant casser le dynamisme des pages très graphiques de l’auteur. En restant dans les onomatopées, on notera quelques traductions sonores des plus étranges : comme bien souvent chez l’éditeur, les sons des onomatopées sont retranscrits directement en français, sans adaptation. Le résultat est parfois assez surprenant (incompréhensible ?).

A noter qu’au Japon, l’auteur a recommencé sa série, chez Shogakukan. Mais contrairement à ce que nous dit Kana sur le rabat de la jaquette, la version Dien Bien Phu de Shogakukan n’est pas la suite de ce one-shot. Pour l’occasion, l’auteur a en effet réécrit son scénario depuis le début.
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CortiLa chronique de Corti

Dien Bien Phu se passe au Viêt Nam et, contrairement à ce que l'on peut penser, non pas pendant la guerre d'Indochine, guerre livrée contre les français, mais pendant la guerre du Viêt Nam, guerre livrée contre les américains. Et dès la première page, le ton est donné avec la citation de Tim O'Brien sur la folie de la guerre. Le prologue reste exactement dans le même ton et cela sera ainsi pendant toute la lecture.

Le dessin, rond et gentillet, est lui aussi représentatif de cette folie inconcevable car il s'oppose violemment à ce qui se passe dans l'histoire. Ce serait un peu comme voir Yotsuba tuer ses voisines, ce qui semblerait complètement décalé et inconcevable. C'est pourtant ce qu'il se passe. Mais étrangement, cette violence vis-à-vis du dessin est à la fois choquante et acceptée. La violence n'est pas gratuite, elle ne fait que dépeindre une réalité qui aurait pu se produire. Même si l'auteur souligne en fin de volume qu'il ne fait que raconter une histoire insensée car ça pourrait faire une bonne histoire de guerre (la page de bonus, trop courte, est intéressante car l'auteur explique finalement ce qui sera la base de la raison de son ouvrage).
En tout cas, c'est ce clash entre ce dessin rond et doux avec une histoire sanglante et violente, qui happe littéralement le lecteur. Ce dernier est projeté au cœur de l'histoire même s'il n'en reste que simple spectateur tout comme notre héros photographe qui reste souvent spectateur de ce qu'il voit.
D'ailleurs, le héros de cette histoire n'est pas particulièrement attachant. Mais il séduit par ses côtés humains même s'il semble complètement à côté de ses pompes. A se demander ce qu'il fiche là, à côté de toutes ces personnes folles, blasées, et autres adjectifs qui résonnent de façon non gaie. Sauf que voilà, il est là, à prendre des photographies et les ratant les trois quarts du temps. Ou alors ayant la présence d'esprit de ne pas mettre de pellicule pour que l'horreur de la guerre ne soit pas montrée et des hommes jugés coupables d'atrocité. Une auto-censure et une débrouillardise qui lui permettent d'éviter des ennuis. Parfois... Et même quand il tombe amoureux de la tueuse ennemie, simple paysanne qui elle-même se révèle être intéressée par cette demi-portion, il ne change guère. Il reste toujours aussi... insignifiant et complètement à l'ouest. Il semble à peine se formaliser de ce qu'il voit, ne semble pas avoir conscience d'être dans un pays en guerre... Un vrai ET. Ou le meilleur moyen pour survivre à l'horreur sans doute en se détachant de cette dernière.

La lecture de Dien Bien Phu est quelque chose d'assez étrange, où le lecteur peut être mis mal à l'aise, quelque chose de sinistre se dégageant de l'œuvre. Dans le même temps, il est difficile de décrocher de cette histoire, car même si on se doute que les pages du début du livre représentent la fin de l'histoire, on a envie de découvrir ce qu'il va se passer...
Sauf que quand on arrive à la fin et qu'on se dit que c'est un One-Shot, on se dit : "Aaaaaaaaarrrrrrggggghhhhhhhh !!!!! L'est où la suite !!!!"

Et là Kana, dans toute sa gentillesse, nous prévient dans le rabat de la couverture que la suite est cours d'écriture. Ouf ! Mais alors pourquoi tout le monde parle d'un One-Shot alors ?
Et là, on apprend qu'en fait, l'auteur refait son histoire et n'écrit pas bêtement la suite.
Et là, on est donc content de savoir qu'il y aura bien une suite, mais que pour en profiter, il faudra racheter le premier tome de la nouvelle version car il y aura sûrement des différences.
Et là, on est partagé entre la joie d'avoir découvert cet auteur grâce à Kana et la haine de savoir qu'on s'est fait arnaquer quelque part !
Et là, on se rend compte que l'on devient aussi schizophrène que le livre que l'on vient de lire.
Et là, on n'a plus d'autre choix que de recommander chaudement la lecture de Dien Bien Phu pour que d'autres lecteurs connaissent ces sentiments schizophrènes dans la joie et la bonne humeur....
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