La chronique de marieQuand on pense que la pénicilline est utilisée depuis à peine 60 ans, la première question venant à l’esprit est : mais comment faisaient-ils avant ? Eh bien ils ne faisaient rien. Résistance naturelle, amulettes protectrices où faute à pas de chance, la santé était une loterie. Les infections bactériennes et plus particulièrement vénériennes, sont le nouveau thème abordé dans ce troisième tome de
Jin qui s’encanaille dans les quartiers de plaisir de Yoshiwara à Tokyo. Une idée du guerrier Sakamoto, le truculent nouvel ami que le docteur Minakata suit comme un gosse émerveillé. Des centaines de lampions, des couleurs chatoyantes partout, de la musique! Pour un peu il se croirait un soir de réveillon au centre commercial ou de délicates poupées fardées et parfumées sourient dans leurs vitrines dorées.
Avoir des relations a du bon et Sakamoto sait en profiter. Introduit dans une maison prestigieuse, les deux larrons un peu émus sont présentés à la majestueuse courtisane Nokazé. Les présentations seront courtes et ils apprendront à leurs dépends que derrière le raffinement se cache un sacré caractère. Mais surtout, Minakata réalisera que confinée dans un réduit puant se cache l’autre face du plaisir : la syphilis.
Avec son dessin fin et détaillé,
Jin nous propose un agréable et instructif voyage dans un passé exceptionnel par sa documentation. Des actes médicaux au décor en passant par le mode de vie, tout est soigneusement mis en scène de manière vivante car Murakami ne nous fait pas une leçon d’histoire mais conte avec talent une véritable aventure. Saluons au passage ses louables tentatives pour décoincer des personnages un peu trop engoncés dans certains clichés tel le docteur miracle au puissant savoir, sauvant le malheureux malade qui se manifeste toujours –et tout à fait par hasard- juste au moment opportun. N’oublions pas non plus l’infirmière dévouée, éperdue d'amour et d’admiration pour son admirable mentor.
Deux autres points me chiffonnent également : L’auteur tout à sa fascination de soulager les souffrances de nos ancêtres grâce aux merveilleuses découvertes modernes, se préoccupe peu des répercussions sur le futur. La question à peine abordée est écartée du revers de la main, la mission d’abord ! Ensuite il est partisan et simpliste de présenter la médecine chirurgicale comme une panacée universelle tout en ridiculisant des savoirs anciens comme la médecine chinoise. Même si leurs erreurs et ignorances étaient nombreuses, force est de reconnaître la qualité de certains soins.
Si l’on passe sur quelques facilités de scénario, l’originalité du sujet traité avec passion et sincérité offre une lecture tout à fait recommandable. L’édition est d’ailleurs impeccable, rien à redire de ce côté. Bilan : un attachant troisième tome d’une série qui ne fait que s’améliorer.
Chronique postée le 13/09/2007