La chronique de MedullaGeorgie est une petite fille qui vit très très loin de la ville (en Australie) dans une maison bien tranquille entourée de toute sa famille (sa mère et ses deux frères aînés). Elle se promène dans la nature avec Junior (le chien du voisin), Abel (le frère aîné rebelle) et Arthur (le frère aîné pas rebelle) et elle croyait qu'avec l'amour le bonheur était pour toujours (un peu cruche, donc). Georgie, Georgie, tu détiens un grand secret, Georgie, Georgie, celui du petit bracelet (en effet, mais ne spoilons rien…). C’est le bonheur (lalala) jusqu’au jour où survient un beau blond qui lui fait tourner la tête et enrage les deux frères aînés. Et voilà que souffle la tourmente.
Après un tel résumé, on se serait plus enclins à ricaner qu’à investir dans ce manga ancien, relique d’un passé éditorial insouciant où il suffisait de sortir les titres ayant donné lieu à une adaptation animée diffusée en France pour vendre.
Georgie, un énième fond de tiroir, un énième souvenir d’enfance détruit par une œuvre ayant mal vieilli ? Bizarrement, non car
Georgie est une énorme (bonne) surprise et vient prouver à qui en doutait que les classiques shôjo ne le sont pas pour rien.
Alors qu’on commence la lecture sans grande conviction, voilà qu’on dévore les pages sans s’en rendre compte, complètement happé par le récit linéaire mais incroyablement efficace. Pas d’insupportables atermoiements, l’histoire va droit à l’essentiel en enchaînant des scènes marquantes et hautement dramatiques où les personnages sont agités par leurs tourments intérieurs poussés au paroxysme. Inceste, jalousie, passion, humiliation, l’œuvre brasse un ensemble de thématiques prenantes et originales qui enterrent le traditionel triangle amoureux des shôjo moins audacieux. On est loin du culte abrutissant et convenu de la midinette branchée aux prises avec une amourette superficielle.
Car un grand souffle dramatico-tragique emporte le lecteur au fil des chapitres au gré d’une narration et d’une mise en page d’une fluidité surnaturelle. Le dessin, parfaitement maîtrisé, se révèle d’une grande finesse et n’hésite pas à déborder du carcan des cases pour laisser libre cours à une exubérance pleine de grâce, immortalisant un moment dramatique crucial, l’expression révélatrice d’un des personnages. Côté protagonistes justement, les auteurs ont eu la judicieuse idée de ne pas se concentrer uniquement sur leur héroïne forcément naïve et donc un peu bêbête au début mais d’explorer abondamment les sentiments des autres personnages à son égard, particulièrement le regard troublé de ses frères, sauvant le titre d’un banal récit de premier amour bêta et roucoulant en introduisant tout de suite une note plus sombre dans la découverte du sentiment amoureux. Jamais l’histoire ne tombe donc dans la guimauve idyllique et l’insouciance de l’héroïne, plutôt que de confiner à la niaiserie, exacerbe les passions et précipite les confrontations dramatiques. La suite promet d’être gratinée…
A priori,
Georgie n’avait pas de quoi rameuter les foules : un manga ancien, une héroïne apparemment cruchonne, le vague souvenir d’un dessin animé avec des koalas… Et pourtant, ce titre vaut assurément le détour et n’a franchement rien à envier aux shôjo actuels. Il est certain que le facteur nostalgie agira davantage sur les amoureux du dessin animé, assez fidèle dans l’ensemble bien que très édulcoré (et pas mal censuré par TF1 aussi), et les amateurs de vieux shôjo comme on n’en fait plus (la réédition de
Candy par la même dessinatrice étant plus qu’hypothétique…). Néanmoins, le titre a assez de qualités narratives et graphiques pour attirer un public beaucoup plus large : n’ayez donc pas peur de vous lancer dans cette courte mais intense série pour un prix modique. L’essayer, c’est l’adopter.