Chroniques
La chronique de le graouPas facile d'être sourd dans le Japon des années 1910, nous "apprenait" le tome 1 de
l'Orchestre des doigts. Pas facile d'être un Japonais d'un niveau social modeste, aux abords des années 20, nous confirme ce tome 2, où la petite histoire rencontre la grande.
Après une partie dans la continuité du volume précédent, très émouvante, centrée d'abord autour des retrouvailles tant attendues d'Issaku et de sa mère alors qu'ils commencent enfin à pouvoir communiquer ensemble, puis autour de l'accès au monde des enfants sourds de l'école où enseigne Kiyoshi – et des efforts de leur entourage pour apprendre des rudiments de langue des signes, deux drames se mettent en place dans la seconde partie, moins lacrymale et pourtant plus tragique.
D'une part, quelques personnages entrent en scène, de manière quasiment parallèle au récit principal – personnages bien réels, dont les commentaires nous apprennent que, bientôt, ils imposeront au Japon la méthode oraliste en cours dans le reste du monde. Et si leurs bonnes intentions ne font aucun doute – Yoshinosuke Nishikawa, dont on suit brièvement le parcours, ne cherche qu'à aider sa petite fille et à lui éviter l'ostracisme dont sont systématiquement victimes les personnes sourdes – les bonus proposés par Kankô ne laissent hélas guère de doute sur la véracité du proverbe…
D'autre part, l'Histoire rattrape nos jeunes héros : la guerre, la famine, le durcissement du régime… autant d'événements que l'on suit moins du point de vue de Kiyoshi que de celui d'Issaku et de son camarade de classe Kawada, qui se découvrent une conscience politique devant l'injustice flagrante dont est victime le petit peuple, et le sort de leur amie Chiyo et de sa famille.
Comme on pouvait l'espérer,
l'Orchestre des doigts évite de se cantonner au mélodrame facile pour nous faire découvrir une facette de l'histoire mondiale que l'on connaît peu. Le découpage du récit est toujours très habile, même si la quantité de texte hors-bulles (la narration est très présente, qu'il s'agisse des réflexions de Kiyoshi ou d'explications historiques) peut rebuter lors d'un survol rapide. Un manga qui fait du bien.
13/02/2007
La chronique de herbvAvec
L'orchestre des doigts 2, l’auteur, Osamu Yamamoto, continue à nous montrer la condition des sourds dans le Japon des années 1910. C’est ainsi qu’on peut suivre les retrouvailles entre Issaku et sa mère dans une première partie marquée par une longue histoire mélodramatique racontée par M. Takahashi, le professeur. Ensuite, le second chapitre permet de vivre, avec les pensionnaires de l’école municipale d'Ôsaka pour enfants aveugles et sourds, la révolte des paysans et du bas peuple devant la pénurie de riz provoquée par la spéculation des riches marchands suite à l’annonce de l’entrée en guerre du Japon. Les lecteurs qui croyaient qu'ils allaient avoir une histoire sur la musique pour les sourds en sont une fois de plus pour leur frais.
Malheureusement, ce second volume a un gros problème qui risque de bloquer certains lecteurs. Il y a bien trop de pathos, on pleure bien trop tout au long des dix chapitres proposés. L’histoire d’
Anju et Zushiô, le livre qui avait été offert à Issaku est bien trop longue, bien trop mélodramatique pour certains cœurs masculins occidentaux et elle n’aurait jamais dû faire deux chapitres, cela casse trop le rythme du récit. Et si ç'avait été la seule partie larmoyante, cela aurait pu passer. Malheureusement, le
mangaka en fait des tonnes dans le genre dramatique, ce qui nous donne vraiment trop l’impression de se faire balader par quelques ficelles scénaristiques un peu trop grosses. Et ça, ça ne plaira pas à tout le monde…
Maintenant, il ne faut pas s’arrêter pour si peu, surtout que la suite sera d’une tonalité bien différente, même si on aura encore droit à une bonne dose de pleurs.
L'Orchestre des doigts 2 est bel et bien un chef-d’œuvre et ses faiblesses ont surtout pour effet de mettre en valeur ses points forts. Sinon, il n’y a pas grand-chose à reprocher à la version française si ce n’est une adaptation graphique très limitée artistiquement parlant. Il faut dire qu’on ne peut rien attendre de génial de la part de GB One. La traduction est plaisante à lire, l’impression correcte et on a droit à quelques intéressants bonus qui permettent de mieux comprendre la situation des sourds, aussi bien au Japon qu’en France. C’est très instructif et on en redemande.
La chronique de marieQuand le professeur Takahashi commence à raconter l'histoire écrite dans le livre, la classe entière se fige dans l'attente :
..."Je pense à toi Anju mon amour…" Tous les yeux sont rivés sur ses mains et à son regard. Ses mouvements deviennent amples, ses gestes restent vifs et légers: ...
"Il était une fois une vieille femme solitaire et aveugle..." Ah ! Le récit est terrible et les enfants retiennent leur souffle. Quand le drame gronde ils tremblent et pleurent. Leur corps et leurs cœurs sont envahis par l’émotion et vibrent au rythme de la musique de Takahashi tandis que ses doigts dirigent l’orchestre silencieux.
Comment faire comprendre à leur entourage qui les rejette ou les maltraite que tous les problèmes ne viennent que de l’incapacité à communiquer de part et d’autre ? Qu’il suffirait d’un langage commun pour voir une échelle apparaître sur le mur infranchissable. Il suffit ? Non bien sûr, ce serait trop beau. Qui fera l'effort d'apprendre ces signes capables d’offrir la reconnaissance aux enfants sourds ? Leurs parents, leurs frères et sœurs peut-être, mais pas leurs employeurs ou leur voisinage.
Handicapés, aux yeux de la société ils ne sont que ça.
C’est pour éviter à sa fille cette marque infâmante qu’un certain Yoshinosuke prêchera pour une nouvelle méthode oraliste (la lecture sur les lèvres) aux dépends du très riche langage des signes. Il voudrait effacer la tare de son enfant afin qu’elle devienne comme les autres. Mais tant d’efforts pour un résultat souvent limité, est-ce la bonne voie?
Quand les temps sont durs c’est toujours chacun pour soi. Ce rejet sans pitié des handicapés s’explique en partie par la misère sociale et la famine qui sévissaient à l’époque. De manière surprenante, la seconde partie du volume s’attache à développer les spéculations sur le riz, la colère du peuple affamé et sa révolte contre l’armée et les puissants. Oui, vous avez bien lu. Pour la première fois dans un manga on nous montre des émeutiers japonais prêts à faire la révolution et à renverser leur gouvernement. Profitons de ce rare témoignage d’une époque pas si éloignée qu’un endoctrinement militaire étouffera définitivement.
Yamamoto signe ici un excellent travail graphique et scénaristique capable de nous emporter lors de la lecture pour peu que l'on ne fasse pas de blocage sur l’aspect mélodramatique très accentué (ça pleurniche beaucoup). Ce moyen d'expression insistant sur la démonstration tragique n'est pourtant qu'un simple langage culturel. Une forme qu’il est nécessaire d'apprivoiser afin d’appréhender le fond qui lui, ne comporte aucune mièvrerie.
Chroniqué le 14/02/2007
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