S.O.A.P.

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INTERVIEW DE KEN ET EIN DU GOUPE S.O.A.P.

Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ?

Ken : Euh… (rires) J’avoue que c’est la première fois que je prononce le nom de notre groupe devant des étrangers… Je ne sais pas si ma prononciation et le sens du nom vont… Enfin... (rires) Je ne pensais pas que ce jour arriverait si vite… Bon, je suis Ken, le guitariste et chanteur de « Sons Of All Pussys ».
Ein : Moi, c’est Ein, le bassiste du groupe.

Qui est le troisième membre de votre groupe ?

Ken : C’est Sakura.

Que faisait chacun d’entre vous, avant SOAP ?

Ken : Sakura faisait partie du groupe « L’Arc-en-Ciel », il y a quatre ou cinq ans. A l’époque, on jouait donc ensemble, lui et moi. Puis il a quitté L’Arc pour créer un autre groupe : « Zigzo ». En ce qui concerne Ein, tout a commencé quand il a participé au tournage d’une vidéo promotionnelle de L’Arc-En-Ciel. A l’époque, j’étais persuadé que c’était un pur étranger, qui ne savait pas parler le japonais. Mais on avait un ami commun qui m’a dit un jour que dans son entourage, il y avait un certain Ein, qui disait me connaître. On a donc décidé de faire une bouffe tous ensemble et c’est comme ça qu’Ein et moi sommes devenus potes. Quand L’Arc-En-Ciel a pris fin, je n’avais plus rien à faire, alors j’ai passé un an à sortir, à m’amuser. Et c’était tout le temps avec Ein. Là-dessus, Sakura m’a proposé de créer un nouveau groupe avec lui. Dans un premier temps, je lui ai demandé à plusieurs reprises s’il avait réglé tous ses problèmes et retrouvé un mode de vie plus sain. Il m’a assuré que oui. Or, Sakura étant batteur et moi, guitariste, il nous manquait un bassiste et un chanteur. Pour le chant, j’ai dit : « Ok, j’ai pas l’habitude, mais je vais me débrouiller pour le faire ». Mais il nous fallait toujours un bassiste. A l’époque, Ein ne savait pas jouer de la basse, mais comme c’est un mec bien, on a décidé d’en faire notre bassiste ! Je lui ai passé un coup de fil, pour lui demander de passer chez moi tout de suite. Parce qu’en fait, j’ai un studio d’enregistrement à la maison. Il nous a donc rejoints et c’est là que, pour la première fois, on a fait du son tous ensemble.

Ein, quelle a été votre première impression, à la basse ?

Ein : C’était difficile… Mais bon, Ken et Sakura m’ont appris ce qu’il fallait.

Et vous Ken, votre première expérience en tant que chanteur ?

Ken : L’horreur… En fait, je n’arrivais pas à m’éclater en chantant. Il se trouve que moi, généralement, quand je suis confronté à quelque chose de désagréable, j’éprouve d’abord un ennui très fort, puis j’ai envie de dormir. Alors au début, à chaque fois que je chantais, je finissais par aller dormir dans un coin, puis quand je me réveillais, je chantais de nouveau et ainsi de suite. Ça a été comme ça pendant les deux premiers mois : plus je chantais, plus je me sentais mal. Mais maintenant ça va mieux ! Je m’éclate ! Même après les concerts, j’ai la pêche ! Il faut préciser que nous créons nos morceaux en indépendants : comme j’ai un studio chez moi, on se réuni, on prend les instruments et on joue. C’est comme un passe-temps. Au Japon, généralement, le dimanche, les pères de famille vont faire du golf. Je ne sais pas quelles sont les habitudes en France, mais bon… ce que je veux dire c’est qu’on pratique la musique d’abord comme un loisir. Au quotidien, Ein est mannequin, donc il a pas mal de temps libre. Sakura et moi, on ne fait rien d’autre. Bref, on a décidé de faire de la musique pour passer le temps agréablement. Au début, on n’avait même pas l’intention de sortir de CD.

Qu’est-ce qui vous a décidés ?

Ken : On a commencé par donner des concerts. Mais en fait, c’était plus pour voyager ensemble que pour donner des concerts ! On s’est dit qu’on pourrait prendre le ferry, aller à Hokkaidô, à Kyôto… ça nous a séduits et les concerts nous ont servi de bon prétexte. On a pris une voiture et on est partis en tournée (en conduisant nous-mêmes). Mais un jour, le 26 novembre, on est passé à autre chose. Au Japon, il y a un jeu de mot sur le 26 novembre : 11 et 26, donnent « ii furo » [les deux « i » de « ichi ou itsuka » + « fu » de « futatsu ou futsuka » + « ro » de « roku ». ndt]. On dit donc que le 26 novembre est le jour du « ii furo » [« jour du bon bain ».ndt]. Or autrefois, au Japon, en langage familier, on pouvait utiliser le mot « furo » pour parler du savon. Donc, on s’est dit : « Le 26 novembre, c’est un bon jour pour SOAP ! Il faut qu’on donne un concert ce jour-là ! ». Mais on avait envie de pouvoir présenter quelque chose, à cette occasion. C’est là qu’on a décidé de sortir notre premier CD.

Au fait, pourquoi avoir choisi le nom « Sons Of All Pussys » ?

Ken : Au début, on avait choisi « SOAP », le savon. Le savon qui rend propre, le savon qui devient mousse puis disparaît… Pour le côté « petite sirène », devant laquelle les gens s’extasient. On s’est dit que si un groupe de mecs virils (grands, barbus… y en a même un qui a fait de la prison) portait un nom évoquant quelque chose de beau, de propre, le décalage ferait classe. Puis, finalement, ce nom faisait trop propre pour nous. Alors, on a pris les initiales et cherché des mots qui y correspondaient… « Son » ou « Sun » ? « Pussy », « Person », « P… »… je ne sais plus trop, mais on a opté pour « Sons Of All Pussys ». Pour nous, ce nom n’a pas une signification érotique. En effet, on bénéficie de diverses influences : la musique venant de l’étranger, la musique japonaise, la littérature, le cinéma, mais aussi notre mère, notre père, nos amis… En quelque sorte, toutes ces sources d’influences sont des mères (« pussys ») pour nous et on ne fait qu’exprimer ce que l’on reçoit. On ne crée rien. On se contente d’ingérer et de digérer diverses influences pour créer nos morceaux. Voilà la signification du nom de notre groupe pour nous.

L’Arc-En-Ciel était un groupe très galmour. S.O.A.P. est plus rock. Vous attachez-vous à donner une image particulière de votre groupe ?

Ken : Les fans de L’Arc-En-Ciel étaient essentiellement des filles. Et en ce qui me concerne, j’avais l’impression d’avoir l’image d’un « petit mignon ». Ça ne me dérange pas personnellement, mais depuis que je suis petit, j’aime bien les têtes de morts et les groupes où les mecs n’hésitent pas à gueuler, alors je me suis dit que je voulais faire de S.O.A.P. un groupe plus viril. A mon niveau, je peux intervenir sur les morceaux, les concerts et internet. Donc j’ai essayé de faire en sorte que notre groupe soit, dès le début, considéré comme un groupe de « mecs ». Quand on donne des concerts, dans le public, on entend plus « whoooo ! » [Cri masculin. ntd] que « kyaa ! » [Cri typiquement féminin. ndt]. C’est ce qu’on veut ! Pour nos CD, c’est pareil. On a préféré l’odeur de la sueur aux paillettes. Au Japon, la transpiration est mal vue, on trouve ça pas classe. Mais on s’est dit : « Même si ça plaît pas, on transpirera ! ». Donc voilà… dans le groupe, Sakura et moi, on transpire à fond et Ein est le mec cool, ça équilibre.
Ein : En fait, je m’amuse beaucoup moi aussi, mais je n’exprime pas ça de la même manière que Ken et Sakura. Et puis j’ai l’impression que si je me lâche moi aussi, ça risque de déséquilibrer le groupe. En tout cas, pour le moment, je joue encore en les regardant.

Qui écrit et compose vos morceaux ?

Ken : En gros, c’est moi qui écris et compose la plupart des titres, Ein a écrit les paroles de deux morceaux et Sakura a écrit et composé un morceau.

De quoi parlez-vous dans vos chansons ?

Ken : Moi, généralement, j’écris des paroles de chansons d’amour.
Ein : Moi, j’ai écris une chanson d’amour et une chanson sur le désir.

Et Sakura ?

Ken : Je lui ai imposé un thème… Il se trouve qu’il a fait l’expérience de la prison à cause de la drogue. Je lui ai donc demandé d’écrire en s’inspirant de cette expérience et du monde qu’il avait vu, parce que moi, c’est un monde que je ne connais pas.

Que voulez-vous transmettre à votre public ?


Ken : Quand j’étais plus jeune, quand j’écoutais du rock, ça me transportait. Pas besoin de comprendre les paroles, ni de connaître la mélodie, si j’écoutais du rock le soir avant de me coucher, je ne pouvais pas m’empêcher d’en écouter encore et encore tellement ça m’exaltait. Je pense que cet effet est dû aux arrangements musicaux ou à la mélodie elle-même, mais quoiqu’il en soit, je voulais que nous créions de tels morceaux, une musique qui transporte les gens. En ce qui concerne les concerts… Dans tous les pays du monde, il a toujours existé des fêtes populaires [« matsuri ». ndt]. De nos jours, ces fêtes sont beaucoup moins nombreuses, mais à la place, il y a des rave parties, des boîtes de nuit… Et je pense qu’il faut aussi perpétuer l’ambiance de fête populaire dans le rock, que les gens ont besoin de ça. Qui dit fête populaire dit sex appeal, libération des corps… peu importe, mais les fêtes sont l’occasion pour tous de s’éclater. Et moi, j’ai envie de procurer au gens un lieu où ils puissent faire la fête, où ils ne puissent pas rester impassible.
Ein : Moi, au début, ce qui me plaisait, c’était qu’on joue ensemble, entre potes. Je ne pensais pas trop au public. Mais, ces derniers temps, ça commence à changer. Je suis de plus en plus dans l’optique de montrer au public qu’on s’éclate pour l’inviter à s’éclater avec nous.
Ken : En plus, je pense que le rock peut avoir des vertus thérapeutiques. Vous savez, quand quelqu’un crie très fort, une peu comme un animal ou comme les enfants pas exemple, on m’a raconté que ça permet d’extérioriser des émotions qu’on a gardé en soi et ça donne la pêche. C’est libérateur. Donc, quand on fait de la musique tous les trois, on se lâche dans ce sens-là et d’ailleurs, si on ne se défoulait pas comme ça, notre groupe n’aurait aucune valeur, parce qu’Ein débute en tant que bassiste et moi en tant que chanteur. En concert aussi, je pense qu’à notre exemple, le public peut se lâcher et se sentir soulagé du poids de ses soucis.

Quels sont vos musiciens préférés, vos sources d’inspiration ?

Ken : Moi, parmi les artistes récents, j’aime beaucoup « t.A.T.u. ». A la base, j’aime les Cures, Mission UK, Björk à l’époque de l’album « Homogenic »… Au Japon, on dit de ce genre d’artistes, qu’ils sont de type « gothique ». Et il se trouve que nous avons vu le courant gothique bloqué par le courant hip hop. En effet, le hip hop s’est mis à avoir plus de succès et j’ai l’impression que beaucoup de personnes considèrent maintenant que ce genre musical est plus classe que le rock. Après ça, la trance a un peu ramené l’esprit gothique, mais pas jusqu’au bout, c’est-à-dire pas jusqu’à ce qu’à en faire de la pop. Mais justement, pour moi, t.A.T.u. a su amener le courant gothique dans la pop et j’ai eu le sentiment que grâce à elle, le courant gothique revenait dans le monde de la musique, avec un impact plus fort que celui du hip hop… Sinon, j’aime les Standing Pilotes, Jeff Buckley, Jimy Hendrick, les Blonde Redhead…
Ein : Moi, avant, j’aimais beaucoup le rock, notamment le David Bowie des années 70. Mais ces dernières années, je suis plutôt branché chill-out, ambient, trip hop, musiques douces. J’en crée chez moi. D’une certaine manière, SOAP, c’est pour moi un autre moyen d’évacuer mon stress.

Quel regard portez-vous sur la société japonaise actuelle ?

Ken : La société actuelle… waouh… v’là la question ! Bon, heureusement, j’y ai pas mal réfléchis ces derniers temps, vu que j’avais rien d’autre à faire. Je pense que le Japon est un pays qui n’a pas d’autre choix que d’utiliser la matière grise de ses habitants. Mais actuellement, tout le monde essaie d’arrêter d’utiliser sa tête, les jeunes, le gouvernement… Imaginons qu’un pays ait des gisements de fer et bien nous, nous avons l’intelligence. Mais j’ai le sentiment qu’on est en train de perdre notre seul atout.

C’est à cause de quoi, à votre avis ?

Ken : Je me demande si ce n’est pas à cause d’une certaine forme d’égalité… Dans le sens où les Japonais ont cessé d’aller toujours plus haut : ils se sont fixé une norme, un point fixe à atteindre, sans chercher à le dépasser. En plus, cette norme n’a pas été fixée par rapport au reste du monde, mais entre Japonais. Voilà l’impression que j’ai. Je trouve ça assez inquiétant.

Et vous, Ein ?

Ein : Au Japon, il y a pas mal de personnes qui manquent de personnalité. Que ce soit à l’école ou au travail, ces gens ne font que ce qu’on leur a donné les moyens de faire et n’arrivent pas à exprimer leurs opinions. Par ailleurs, j’ai l’impression que le Japon se force à importer des produits des Etats-Unis et que les produits typiquement japonais sont de moins en moins courants.

« Grace » et « Gimme A Guitar » vont sortir en France. Que signifierait un concert en France pour vous ?

Ken : Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, je ne croyais pas que ça irait si vite. Il y a à peine une semaine, je ne m’imaginais même pas que ça puisse arriver. La seule question que je puisse me poser pour le moment, c’est : « est-ce que des fêtards japonais comme nous réussiraient à enflammer le public français ? ». De toute façon, si on va en France, on va se donner à fond ! Je pense qu’on verra au moment venu…
Ein : Je serais content de pouvoir y aller. Le Japon est un archipel, alors pour beaucoup de personnes, sortir du pays n’est pas évident. Mais si on nous donne cette chance, je pense qu’on doit en profiter un maximum, non seulement pour transmettre des choses aux Français, mais aussi pour apprendre de nouvelles choses nous aussi et exprimer ce que nous aura apporté le voyage dans nos morceaux. Je pense que ce serait vraiment une chance formidable pour nous.

Un message pour les lecteurs, s’il vous plaît !

Ken : Je suis déjà allé une fois à Paris et j’ai trouvé que tout le monde y avait l’air perspicace. J’ai pris un taxi et le chauffeur avait l’air intelligent, sérieux. J’ai trouvé ça stressant. Mais je suis entré dans un magasin et là, j’ai demandé différentes choses et au feeling, la communication est plutôt bien passée… Mais ce que je veux dire, c’est : s’il vous plaît, c’est bien d’avoir l’air sérieux, mais souriez aussi, ayez l’air plus gentil !
Ein : Moi aussi, je suis déjà allé en France. C’est un pays que j’aime bien J’ai eu le sentiment que chacun vivait à son rythme. Par exemple, en plein milieu de l’après-midi, il y a avait déjà pas mal de gens en train de siroter leur expresso dans les cafés. Je me suis demandé si les gens travaillaient vraiment… Paris a une image très artistique. Contrairement à Tokyo où les gens sont toujours pressés, j’ai eu l’impression que chaque personne vivait en prenant bien de temps de ressentir les choses. A part ça, au Japon, on commence enfin à avoir accès à de la musique française. Les échanges semblent s’amorcer dans les deux sens… ?

Interview réalisée par Dominique Véret & Saé Cibot et parue dans JAPAN VIBES.