Extrait manga j'aime les sushis
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PING PONG


Les œuvres de Taiyo Matsumoto sont apparues pour la première fois en France aux éditions Tonkam avec des titres comme Printemps Bleu ou Amer Béton. Cet auteur revient aujourd’hui pour notre plus grand plaisir avec Ping-Pong, publié chez Akata. Ce nouveau titre est certainement plus facile d’accès que les précédents et pourra donc séduire les fans de Matsumoto comme les non-initiés. Mais entrons tout de suite dans le vif du sujet pour présenter cette œuvre grandiose qu’est Ping-Pong.


Présentation de l’œuvre

Centré sur le sport national chinois, ce manga n’est, je vous rassure, pas une histoire de sport classique. L’auteur s'en sert pour présenter une galerie de personnages particuliers. Peko et Smile sont deux amis depuis la plus tendre enfance. Ils s’apprécient beaucoup malgré leurs personnalités totalement opposées. Peko est un jeune garçon dynamique, volontaire et toujours prêt à se surpasser pour devenir le meilleur. Au contraire, Smile est introverti, n’aime pas se montrer et reste par conséquent dans l’ombre de son ami. Ces deux enfants sont tous deux membres du club de ping-pong du lycée. L’entraîneur voit en Smile un joueur talentueux et souhaite le faire participer au championnat inter-lycée. Ne souhaitant guère prendre part à la compétition, celui-ci doit être poussé par son sempaï avant d’accepter. De son côté, Peko, inscrit par Mémé Tamura, est ultra-motivé pour défendre vaillamment ses chances. Ces deux jeunes joueurs, suivis par leurs coach respectifs, parviendront-ils à s’imposer ? Mais surtout, dépasseront-ils leurs craintes, réaliseront-ils leurs rêves?

Plongez avec Ping-Pong dans un monde empli de poésie, de rêve et d’espoir auquel les acteurs apportent une réflexion superbe sur le sens du dépassement de soi et sur la nécessité du rapport avec autrui.

Taiyo Matsumoto n’est pas un auteur comme les autres. Passionné par la psychologie humaine, il n’hésite pas à réaliser des œuvres intrigantes, profondes qui explorent les différents sentiments humains. La majorité de ses mangas sont donc assez difficiles d’accès et demandent un véritable recul et une certaine maturité pour en comprendre (véritablement ?) le sens. Ping-Pong n’échappe pas à la règle mais semble tout de même plus abordable, moins extrême dans son traitement. Là où Printemps Bleu présentait des tranches de vie, des instants émouvants de la vie de personnages étonnants, Ping-Pong s’attarde plus sur les sentiments des protagonistes et ainsi permet de mieux les comprendre.

Les personnages



Les deux héros sont à eux seuls une raison de lire cette histoire. En effet, chacun présente un intérêt et met en avant une facette de la personnalité humaine. Peko, tout d’abord, est extraverti et aime se montrer. Il n’hésite pas à être insolent avec ses aînés ou ses professeurs et ce, sans aucune crainte des conséquences. Il représente donc clairement la liberté, l’absence de lois. Ce personnage en arrive même à être égoïste en enfreignant les règles aux dépens de ses camarades, punis par sa faute. Ainsi, ce garçon est attachant par son côté vivant, plein d’entrain. Smile, lui, est à l’opposé de son ami. Renfermé sur lui-même, il trouve dans le ping-pong un défouloir qui lui permet de se vider l’esprit sans penser à autre chose. Il n’y cherche donc pas une source de motivation, ni un but final mais préfère considérer ce sport comme un loisir. Il se laisse donc régulièrement marcher dessus par son ami qui aime particulièrement le battre. Smile est donc plus difficile à cerner et paraît posséder une personnalité assez complexe.
Les personnages secondaires sont eux aussi très travaillés. L’entraîneur ancien champion national, tout d’abord. Présenté comme un homme autoritaire, dur, il reste tout de même un personnage attachant. Dans l’histoire, il jouera le rôle de déclencheur pour Smile. En effet, il le pousse, le motive et l’agresse pour le faire réagir. La coach des enfants est, elle aussi, très intéressante. En effet, elle joue le rôle de mère pour les deux garçons et sait comment agir avec eux. Elle ne les bouscule pas et les laisse prendre leurs décisions tout en les aidant dans leur quête. Enfin, les différents joueurs de tennis de table sont tous des adversaires prétentieux qui permettent de mieux faire ressortir les sentiments des protagonistes. Ainsi, Smile ne réagit pas aux provocations de son entraîneur ou de ses adversaires tandis que Peko ne supporte pas de passer pour un faible.

Le dépassement de soi

L’un des thèmes les plus importants de l’histoire, à mon avis, reste la nécessité du dépassement de soi. En effet, les deux héros, Smile et Peko ont deux philosophies complètement différentes. Pourtant, lorsqu’ils le désirent (ce qui est plus rare en ce qui concerne Smile), ils arrivent à tout donner dans leur match de ping-pong. Ils oublient tout ce qui les entoure et donnent le maximum pour triompher. Ici, Matsumoto met en avant l’un des atouts du sport en général : trouver, dans ce loisir, un but que l’on désire atteindre plus que tout. Pour ce faire, il est donc obligatoire de se dépenser sans compter, de donner tout ce que l’on a. Le résultat n’en sera que meilleur. En effet, non seulement, la victoire sera accessible mais cette force de se dépasser se ressentira ensuite dans la vie de tous les jours. Ainsi, Smile, lorsqu’il se donne à fond pour battre le Chinois, change totalement de personnalité en osant se mettre en avant et défier les autres. Quiconque essaie de se surpasser n’en obtient que du bien. C’est ce que semble vouloir faire passer l’auteur dans le comportement de Smile. En effet, on ne gagne rien à rester passif, souffre-douleur alors que les victoires acquises avec volonté et force, et les défaites font progresser et avancer.

L’ambiance

Ping-Pong ne serait pas le titre détonnant qu’il est sans cette ambiance qui lui est propre. En effet, en seulement quelques pages, l’auteur parvient à transporter le lecteur, à l’emmener dans un monde relativement froid, sobre, réaliste. Le Japon qu’il dépeint ne paraît pas accueillant et contraste avec les personnages enthousiasmants, attachants. Ainsi, à travers ce contraste décors/personnages, Matsumoto met en avant ses protagonistes et leur donne une force particulière. En effet, ils paraissent réussir à vivre dans ce monde difficile sans trop de problème et ne s’inquiètent pas de leur devenir. Ici, Matsumoto insiste sur le moment présent, sur la vie actuelle des personnages sans se soucier de leur futur. On se sent donc totalement plongé dans leurs aventures, dans leurs actes mais surtout dans leur cœur. On examine minutieusement leurs pensées, les raisons qui les poussent à agir en oubliant presque les actes eux-mêmes. Dans cette œuvre, l’auteur instaure donc une ambiance particulière, enivrante qui fait mouche !

Le ping-pong, simple métaphore

Que ceux qui ne connaissent rien à ce sport ne s’enfuient pas ! En effet, il n’est rien d’autre qu’un support pour l’auteur qui parvient à matérialiser la vie de ses personnages au travers de ces matchs. Peko, le bon vivant, toujours motivé, possède une tactique d’attaquant et essaie toujours de frapper plus fort que l’adversaire. Il joue là où ça fait mal et ne possède aucun remord à ridiculiser l’autre. Smile, lui, est un défenseur. Il préfère ramener la balle tranquillement jusqu’à ce que l’adversaire fasse la faute. En outre, il n’accepte pas de profiter des faiblesses de l’autre pour gagner. Ainsi, il préfère perdre que gagner en le blessant. Les matchs entre Peko et Smile symbolisent d’ailleurs toute leur vie. Peko aime se mettre en avant, défier son ami dès qu’il marque un point tandis que Smile, lui, reste sobre et "préfère" perdre. Ces différents affrontements ne sont donc pas de simples rencontres comme il y en a souvent dans les shônen classiques mais servent à la mise en place de l’histoire et à la compréhension des personnalités des personnages. Ainsi, Matsumoto parvient à nous émouvoir même durant des matchs de ping-pong (!) et n’abuse pas de tournois à rallonge comme on a coutume de voir.

Le tournoi

Le tournoi, justement, est un élément crucial de l’histoire. Il ne s’agit pas, bien sûr, de savoir qui est le meilleur joueur et qui deviendra champion national. Le Chinois est-il vraiment le meilleur ? L’école Kaïo va-t-elle à nouveau tout remporter ? Non ! Matsumoto offre à ce tournoi une dimension particulière… Encore une fois. En effet, il est le point de non-retour des personnages. Alors que Smile semblait décidé à écraser tout sur son passage, alors qu’il paraissait sur-motivé et prêt à écouter les conseils de son entraîneur, il retombe rapidement dans les méandres de sa personnalité. En n’osant pas jouer sur les points faibles de son adversaire, il perd la hargne qui l’avait habité quelques heures et redevient le garçon passif, prêt à perdre pour ne pas blesser l’autre. Peko, quant à lui, n’avait presque jamais connu l’humiliation. Vaincu par le Chinois quelques jours auparavant, il s’était entraîné dur pour devenir le meilleur. Mais ce tournoi ne se déroulera pas comme il l’avait prévu. Enfin, le Chinois, pour qui le ping-pong est toute la vie, place de nombreux espoirs dans cette compétition. Elle pourrait être synonyme de nouveau départ, de renaissance, de considération dans ce monde. Mais il devra rapidement se rendre compte que tout n’est pas aussi facile qu’il le pensait. Cet événement sportif, qui pourrait paraître anodin, prend donc toute son ampleur par les séquelles qu’il laisse dans les têtes des joueurs. En effet, les différents héros sus-cités voient la réalité en face et découvrent leur véritable place dans ce sport. Peuvent-ils encore continuer, persévérer ? Doivent-ils se remettre en question ? C’est certainement les questions qui trottent dans leur esprit à la fin de cette compétition passionnante.

La technique de Matsumoto

Comment parler de Matsumoto sans aborder sa technique ? En effet, cet auteur possède un style très particulier. Il rebute souvent les potentiels lecteurs par son côté flou, un peu tremblant. En effet, ses dessins ne paraissent pas sûrs, ne sont pas nets. On s’y perd un peu au début en se demandant si l’auteur n’a pas eu le temps de fignoler comme il le souhaitait… Mais en fait, non ! Ce style particulier a de nombreux atouts. Il permet de captiver le lecteur dans cet univers particulier, poétique, enivrant… Les personnages évoluent dans un cadre froid, un Japon presque rebutant. Effectivement, ces décors, plus visibles encore dans Frères du Japon ou Printemps Bleu, s’adaptent parfaitement à l’ambiance de l’histoire et ajoutent une touche importante à l’univers particulier de Matsumoto.

Les personnages ont tous un style différent. L’auteur a su analyser des comportements humains et les retranscrit avec tant d’émotion qu’on pourrait les croire réels. En effet, chacun possède un trait de caractère particulier. Smile l’introverti, Peko l’extravagant, Wenga Kon le prétentieux, Kazama le boss sont autant de personnages intéressants, attachants qui confèrent à l’œuvre de Matsumoto une dimension savoureuse.

Les matchs de ping-pong, eux, sont très bien mis en scène. L’auteur parvient à capter l’attention sur le geste important du joueur, sur la balle mais surtout, et c’est le plus important, sur les sentiments des visages. En effet, non seulement il réussit à superbement décrire les gestes techniques et les échanges, mais il dresse en plus des portraits particulièrement touchants, émouvants qui confèrent aux personnages une âme sincère. Pour revenir aux matchs eux-mêmes, il faut vraiment souligner le travail réalisé par l’artiste. Etant moi-même pratiquant de ce sport, j’ai été bluffé par le réalisme des gestes des joueurs. Je me demande vraiment combien de temps l’auteur a passé à examiner des vrais pongistes (oui, c’est comme ça qu’on dit…^^) pour parvenir à retranscrire des échanges avec un tel soucis de vérité. Chaque service, chaque positionnement des joueurs, chaque geste est minutieusement peint et correspond totalement à la réalité.

Enfin, dans Ping-Pong, Matsumoto inculque une force particulière de part le dynamisme de sa mise en page. Les matchs eux-mêmes sont décrits rapidement, sans dialogue ni fioriture. L’impression de mouvement de chaque case transporte le lecteur qui devient rapidement spectateur du match, comme s’il était dans la salle de sport. A l’inverse, certaines scènes sont plus lentes, plus émouvantes, moins stressantes et permettent d’en apprendre plus sur les personnages et leurs émotions. Ainsi, l’auteur parvient à alterner avec brio les plans dynamiques et les cadrages fixes, ce qui fait que le lecteur ne s’ennuie jamais…

L’adaptation française

Akata nous a toujours habitués à du bon travail et je crois que Ping-Pong est un exemple parfait de leur volonté de produire des adaptations excellentes. En effet, les pages sont épaisses, la couverture possède ce grain très agréable, les pages en couleur du début sont parfaitement rendues mais surtout les bonus sont époustouflants. Les termes techniques de tennis de table, des explications de culture propre au pays du soleil levant et surtout des photos de monuments ou de lieux dépeints par Matsumoto ajoutent à cette œuvre une dimension extraordinaire. Je peux vous assurer que le prix de ce manga (10€) se justifie pleinement.

Pour terminer, ce titre de Matsumoto est certainement l’un des plus faciles d’accès pour commencer et c’est donc sans hésiter que je vous conseillerais de foncer dessus ! Evidemment, il ne faut pas être allergique à son dessin (qui peut vraiment rebuter parfois…) mais ce premier pas franchi, je pense que vous ne regretterez pas cet achat ! Je vous souhaite donc une agréable lecture de cette œuvre pas comme les autres…

Tom