Vous aimez le jaune ? Non
? Partez pas, partez pas, c’est pas bien grave. Après
tout, l’emballage ne fait pas tout. Ben oui, vous mangez
bien des escargots. Non ? Non mais vous barrez pas, je vais
trouver un exemple universel, vous allez voir !
Je ne pense pas, en fait. Pas grave. Donc recommençons
: à tous ceux qui ont envie de découvrir un
thriller haletant, rempli de personnages charismatiques et
bourré d’humour, lisez ce qui suis. Les autres,
vous n’avez aucun goût. Mécréants.
Ceux qui suivent un peu l’actualité le savent : « Banana Fish » ne se vend pas bien. Conséquence, Génération Comics suspend temporairement le titre. L’occasion rêvée pour vous, veinards que vous êtes, de faire progressivement cette collection, jusqu’à la parution du volume suivant, dans quelques mois.

Deuxième point noir,
la jaquette. Plutôt austère, avec un résumé
sous forme de dialogue en quatrième de couverture pas
forcément très attrayant, elle aura plutôt
tendance à rebuter l’acheteur plutôt que
de l’attirer vers le titre. Par contre, sur ce point,
rien à reprocher à GC, la jaquette étant
conforme à l’originale, même si le jaune
utilisé est très flashy alors que sur la version
japonaise, celui-ci tire plutôt vers l’orange.
Ensuite, le premier volume, même si il est plutôt
bon, ne reflète pas vraiment la qualité de la
série, celui-ci accumulant pas mal d’invraisemblances
et de maladresses scénaristiques. Et pour finir, ajoutons
que de manière bizarre, « Banana Fish »
se traîne la réputation d’être un
yaoi, ce qu’il n’est absolument pas (j’y
reviendrai). |
![]() |
||
Comme vous pouvez le voir, le
pauvre « Banana Fish » partait dès le départ
avec pas mal de handicaps face à des adversaires aux
packagings plus intéressants. Préparons les scalpels, et partons découvrir
ce que la bête a dans le ventre. Le poisson à travers les âges Pour qui pratique la dissection d’un poisson banane,
il est important de savoir que celui-ci se compose de 19 volumes,
parus de 1986 à 1994. Tous signés de la main
d’Akimi Yoshida, une talentueuse autrice connue entres
autres pour les mangas California Monogatari ou encore Yasha,
qui furent de gros succès au pays du soleil levant. Pour résumer rapidement la trame principale, on dira simplement que « Banana Fish » narre l’histoire d’Ash, un gamin des rues, chef de gang, qui a la particularité d’être un génie doublé d’un beau gosse. Celui-ci est à la recherche de ce qui a rendu un homme, Griffin, fou, pendant la guerre du Vietnam, et ces interrogations vont le mener loin, très loin. En fouinant là où des secrets capitaux se terraient, le jeune Ash Lynx va déclencher une véritable guerre, qui le poussera à de grands sacrifices. Qu’est ce que «Banana Fish, » les mots que répète sans cesse Griffin Callenreese, un homme qu’Ash soigne secrètement à l’insu de la mafia corse ?
L’habitat naturel du poisson banane L’histoire de « Banana Fish » se déroule
dans son intégralité aux Etats-Unis, l’intrigue
démarrant dans les bas-fonds new-yorkais. On retrouve
ici une Amérique de films de gangsters, purement fantasmée,
et propice à des délires de gigantisme. Tout
est ici démesuré, tant les actions de chaque
protagoniste, que la représentation d’une New-York
excessivement sale et mal famée. Les inspecteurs de
police agissent comme dans les films, il y a le flic au grand
cœur et le salaud corrompu, qui sirotent leur café
dégueulasse en sortant des répliques anthologiques
et souvent grand-guignolesques. Dépaysement assuré. |
|||
Le lynx, prédateur du poisson banane
![]() |
Point de manga sans héros
(ou héroïne). Et pour la peine, Ash, dit le lynx,
est certainement l’un des personnages les plus marquants
de la planète manga. D’une intelligence diabolique
(on apprendra qu’il a plus de 200 de QI), il règne
avec classe sur un des gangs les plus influents de New-York.
C’est un chef fédérateur (son gang est
multiracial, ce qui est rare), juste et pas cruel pour un
sou. Il sait cependant se montrer impitoyable envers ses ennemis.
Jusque là, rien d’extraordinaire. Mais là où Ash explose réellement de charisme, c’est quand on apprend à vraiment le connaître. Tout d’abord, il a une conscience aiguë de ses propres qualités : il est beau gosse et en est conscient, passe pour un gamin inoffensif et il en profite. Cela le rend par moments assez fascinant. Et puis, sous la carapace de dur se cache un être sensible, qui tient à ses amis plus qu’à sa propre vie, car ils sont le ciment qui permet à son existence de tenir sans s’écrouler. Ayant subi les pires sévices pendant son enfance, il est constamment aux aguets, sortant les griffes dès que l’on tente de l’approcher, d’où son surnom. Connaissant l’obscénité et la noirceur d’âme de certains, il a appris à bien différencier ses amis de ses ennemis et à ne jamais faire de demi-mesure lorsqu’il traite avec ces derniers. |
| Ash tient sur ses épaules
la quasi totalité du manga, une grande partie de l’intérêt
de celui-ci résidant dans la capacité du lecteur
à s’attacher, ou non, au personnage principal.
On rit, pleure et frissonne avec lui, jusqu’à presque
faire corps avec lui. Une grande prouesse scénaristique. Et puis Yoshida a su éviter l’écueil du personnage trop sûr de lui, pour lequel l’introspection est un barbarisme. Ash a ses moments de doute, ses moments de détresse, il a besoin de l’épaule de quelqu’un pour le réconforter lorsqu’il est frappé de plein fouet par la cruauté de l’existence. |
|
|
Un seul filet ne suffit pas, pour attraper le poisson banane Comme dit précédemment, le personnage d’Ash,
tout charismatique et génial qu’il soit, dépend
profondément de son entourage immédiat. Logistiquement
d’abord, car ceux-ci lui sont d’une aide précieuse
dans l’accomplissement de sa quête. Mais surtout
émotionnellement, car ils lui apportent la tendresse
nécessaire qu’il n’a pas eu la chance d’avoir
eu pendant son enfance. |

|
Le poisson, c’est bon Tout ça c’est bien beau, mais je n’ai
pas encore parlé de ce qui fait de Banana Fish une
œuvre si attachante. |
| Le poisson aime-t-il les bananes ? | |
![]() |
Comme je l’ai dit
plus haut, « Banana Fish » se traîne la
réputation d’être un yaoi. D’abord, un petit rappel, pour ceux d’entre vous qui ignorent ce qu’est un yaoi. C’est un manga, généralement dessiné par une femme pour des femmes, qui présente une relation homosexuelle masculine de manière plus ou moins explicite. Généralement, cette relation se résume à une relation entre un personnage fort et un autre plus faible (avec un développement assez souvent repris du thème de la fascination), et l’amour est idéalisé de la même manière que l’homme. Vous pourrez d’ailleurs découvrir, bientôt, chez Tonkam, les titres « Fake » et « Kizuna », qui sont des yaoi. |
Alors, « Banana Fish »,
un yaoi ? Que nenni ! Et bien voilà, il est tant de conclure. Comme vous
l’avez sans doute lu dans tout ce que je vous ai raconté,
« Banana Fish » n’est pas un manga qui nous
fait réfléchir à des considérations
métaphysiques. C’est avant tout un manga fun,
qui a ses morceaux de bravoure. Mais surtout, il agit sur
nous, nous fait changer d’expression et c’est
bien là le principal. « Banana Fish » nous
rappelle qu’il est bon d’éprouver des émotions,
et rien que pour cela, c’est une œuvre à
découvrir, probablement l’un des 3 shôjos
les plus enthousiasmants du moment. |
|