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Histoires de fantômes chinois 1, 2 et 3 de Ching Siu-Tung DVD Zone 2, éditions séparées et coffret collector Editeur : HK Video Avec : Leslie Cheung, Joey Wong, Tony Leung, Wu Ma… Durées : 92' (HDFC), 99' (HDFC 2), 90' (HDFC 3 version cinéma) et 105' (HDFC 3 version longue) Bonus : Bandes Annonces originales et Interviews (James Wong et Yuen Bun)
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A la trilogie Histoires de fantômes chinois, le cinéma doit l'un des plus beaux baisers de son histoire ; pour le dissimuler aux yeux des démons, Joey Wong embrasse un Leslie Cheung caché dans un baquet d'eau, sur une somptueuse musique de James Wong. Si la postérité a retenu – à raison ! – ce passage clé, il convient cependant de rendre hommage à l'ensemble de la trilogie, à l'occasion de sa sortie DVD récente chez HK Video.
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Aux trois films sont rattachés les noms de Tsui Hark – producteur et que l'on ne présente plus – et de Ching Siu-Tung, grand chorégraphe et ici réalisateur plutôt inspiré. Trois histoires d'amour impossibles nous sont contées, mais aussi des récits d'initiation, tous tournant autour du monde chinois, ses légendes et ses personnages-symboles : le lettré, le taoïste, le moine, le guerrier…
Dans le premier film, d'un romantisme échevelé, un jeune lettré (Leslie Cheung) et un fantôme (Joey Wong) tombent amoureux, et, aidés par un étrange taoïste barbu (Wu Ma), ils vont chercher à se libérer de l'emprise d'un démon qui utilise les charmes de Joey Wong pour attirer des humains crédules dans ses griffes.
Ce premier opus (1987), parfois traversé par la grâce, met l'accent sur la relation amoureuse entre l'homme et le fantôme. Ils s'aiment d'un amour cristallin mais déchirant, qui les pousse à des actes désespérés alors qu'ils savent qu'ils n'ont pas d'avenir ensemble. Le lettré est un Candide en puissance, dont la naïveté n'a d'égale que la pureté de son âme. Au fantôme exploité et résigné, il rend son innocence, la réalisation opposant à la perfection la violence du monde extérieur, ses monstres et ses bandits, à cet amour naissant et hésitant, aux gestes tremblants et approximatifs. A la scène d'amour du film, très belle, se superposent des flashbacks magnifiés par un tube de cantopop larmoyant, comme pour conforter l'aspect irréel de ce qui nous est montré. En corollaire, la partie "aventures" passe souvent au second plan, ce qui, au final, ne constitue pas vraiment une gêne. Il faut dire que les effets spéciaux ont terriblement vieilli (on pense aux zombies animés de manière horriblement saccadée), même si d'autres surprennent encore par leur inventivité (les étoffes qui se froissent et se superposent dans un déluge de couleurs pour marquer le mouvement), ce qui tend à rogner sur l'aspect spectaculaire de l'œuvre. Malgré cela, la surenchère emporte le morceau et on regardera avec délice nos héros aller jusqu'en enfer éructer d'étranges formules magiques (le fameux Poyé-Polomi), combattre des monstres grotesques agitant leurs tentacules et crachant des fluides aux couleurs peu engageantes.
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La fin est ouverte et appelle une suite, qui verra le jour trois ans plus tard, en 1990. Leslie Cheung, Joey Wong et Wu Ma sont toujours de la partie, mais s'y ajoutent l'excellent Waise Lee dans un rôle de mercenaire monolithique et Jacky Cheung, en taoïste énergique. Le film est plus drôle, plus orienté action mais aussi plus violent et sanglant. Oubliées les grandes envolées romantiques qui faisaient la force du premier film ; il y a certes encore une bluette, mais sa place est beaucoup moins centrale et elle a tendance à passer au second plan, derrière une intrigue assez élaborée et des combats d'une grande qualité visuelle. Se cachent également quelques allusions politiques finement amenées, comme ce démon déguisé un
bonze qui chante une mélopée maléfique qui rappelle étrangement l'Internationale (rappelons que les manifestations de la place Tian'anmen précèdent de peu la sortie du film). Malgré tout, on rigole parfois franchement, notamment lorsqu'entre en scène une espèce de monstre abominable et caricatural, qui n'a de cesse de baver et de montrer ses grandes dents.
Si ce second volet possède moins de scènes marquantes que son prédécesseur, il ne lui est tout de même pas inférieur, car plus équilibré. La mise en scène est en tout point dynamique et le combat final, porté par un James Wong encore une fois très inspiré, possède de beaux moments de bravoure. Les personnages secondaires ont plus de volume que dans le film de 1987, ce qui permet de densifier un univers qui manquait parfois de substance.
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C'est en 1991 que la trilogie se conclut, mais le final est moins heureux que ses préquelles. L'intrigue se déroule cent ans plus tard, reprenant un élément scénaristique du premier film. Leslie Cheung laisse sa place à Tony Leung, dans un rôle de moine tenté par la belle Joey Wong, toujours fidèle au poste. Jacky Cheung rempile également, en taoïste obnubilé par l'argent. L'édifice est ici bancal, fragilisé par une mise en scène certes plastiquement séduisante, mais manquant de cohérence. La romance est mignonne et entraînante, mais elle oublie
l'audace et s'écrase de facto sur les barrières morales que le film s'impose. L'humour est toujours là, mais il tombe souvent à plat, la faute principalement à Tony Leung, dont le talent n'est plus à prouver, mais qui cherche ici à faire du Leslie Cheung, exercice de funambule qu'il ne réussit que de façon trop parcellaire et sporadique. Malgré quelques scènes plus chatoyantes que d'autres (le combat final est l'une d'elles), on reste sur sa faim tant la comparaison avec le premier film, dont ce troisième opus est une réécriture partielle, joue en la défaveur de ce dernier. Probablement le film de trop, même si Joey Wong est toujours aussi belle et qu'un peu d'érotisme soft tente de redonner un peu de piquant aux péripéties.
Au final, si l'on retiendra surtout ses deux premières composantes, la trilogie Histoires de fantômes chinois reste un grand classique du cinéma hongkongais et l'un de ses principaux porte-étendards à l'étranger. Avec ses représentations voluptueuses de fantômes et d'esprits féminins drapés d'étoffes agitées par le vent, elle appelle le Green Snake de Tsui Hark. Le travail de HK Video est de bonne qualité, comme d'habitude chez l'éditeur, avec des éditions séparées, mais également - et surtout! - un très beau coffret collector agréable au toucher regroupant les trois films. Les bonus sont cependant rares, même si un livret assez complet est là pour nous présenter la trilogie. Du bon travail, mais on aurait tout de même pu espérer mieux.
par Bp
Liens internes :
Contes et légendes de l'Asie avec Natsuki Sumeragi :
http://www.akata.fr/auteur.php?id=42
Taoisme et fantômes japonais avec Onymôji :
http://www.akata.fr/manga.php?id=58